Réglementation & veille12 min de lecture

Règlement de copropriété : quelles obligations, pour qui, et comment le modifier ?

Le règlement de copropriété est le document écrit obligatoire qui fixe la destination de l'immeuble, son organisation et les droits de chacun sur les parties privatives et communes. Il a une valeur contractuelle : il s'impose aux copropriétaires comme aux locataires, et chacun peut en exiger le respect. Acte authentique notarié, il est publié au service de la publicité foncière, ce qui rend ses clauses opposables y compris aux futurs acquéreurs. Le modifier suppose un vote d'assemblée générale, à une majorité qui dépend de l'objet de la clause.

Par Équipe Mon Palier

Livre de droit et documents officiels de l’immeuble
Illustration : le règlement de copropriété et les obligations qui en découlent.

Qu'est-ce que le règlement de copropriété et à qui s'impose-t-il ?

Le règlement de copropriété est un document écrit obligatoire. Il détermine la destination de l'immeuble, son organisation et son fonctionnement. Il fixe aussi les droits et les obligations de chacun sur les parties privatives et sur les parties communes. Sans ce texte, la copropriété n'a pas de cadre contractuel propre : il reste les règles légales, mais plus rien de spécifique à l'immeuble.

Sa valeur est contractuelle. Il s'impose aux copropriétaires. Il s'impose aussi aux locataires. Chacun peut en exiger le respect, y compris un occupant qui n'est pas propriétaire. Un usage « toléré depuis des années » ne l'emporte pas sur une clause claire. Inversement, une habitude de palier n'a aucune force si elle contredit le règlement.

Le règlement est un acte authentique notarié. Il est publié au service de la publicité foncière. Cette publication est obligatoire. Elle rend les clauses opposables, y compris aux futurs acquéreurs. Un acheteur ne peut pas soutenir qu'il ignorait une restriction publiée. C'est précisément pour cela que le notaire de la vente remet le règlement avec l'état descriptif de division.

Quelle est la différence entre règlement de copropriété et règlement intérieur ?

Il ne faut pas confondre les deux. Le règlement de copropriété est obligatoire. Le règlement intérieur ne l'est pas. Le second précise les conditions d'usage de l'immeuble. Il peut détailler les horaires de travaux, l'usage des locaux communs ou les règles de vie quotidienne. Il ne remplace jamais l'acte notarié.

Règlement de copropriété et règlement intérieur
CritèreRèglement de copropriétéRèglement intérieur
CaractèreObligatoireFacultatif
FormeActe authentique notarié, publiéDocument d'usage, sans publication foncière
ObjetDestination, organisation, droits, chargesConditions concrètes d'usage au quotidien
ForceValeur contractuelle, opposable aux tiersPrécise l'usage, sans se substituer à l'acte
ModificationAssemblée générale, majorité selon l'objetSelon ce que prévoit le règlement ou un vote d'assemblée

Un règlement intérieur trop ambitieux crée de la confusion. S'il prétend changer la destination de l'immeuble, répartir les charges autrement ou créer une interdiction absente de l'acte notarié, il sort de son rôle. Les règles de fond restent dans le règlement de copropriété. L'intérieur sert à les rendre applicables au quotidien, pas à les réécrire.

Comment le règlement de copropriété est-il établi ?

Le règlement est rédigé au moment de la mise en copropriété. En vente en l'état futur d'achèvement, c'est en pratique le notaire du promoteur qui l'établit. Il l'est aussi avant une division, lorsque l'immeuble passe d'un propriétaire unique à plusieurs lots. C'est à ce moment que se figent la destination, les parties communes et la répartition des charges.

Un règlement peut aussi être établi après coup. Deux voies existent. L'assemblée générale peut le voter à la double majorité de l'article 26 : la majorité des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des voix. Un juge peut aussi le constater à l'occasion d'une décision qui reconnaît la division. Dans les deux cas, l'acte doit ensuite être publié pour devenir pleinement opposable.

  • Mise en copropriété d'un immeuble existant.
  • Programme neuf en VEFA, rédigé par le notaire du promoteur.
  • Division d'un bien avant la création des lots.
  • Établissement tardif voté en assemblée à la double majorité de l'article 26.
  • Décision de justice constatant la division.

Établir un règlement après des années de copropriété « de fait » est plus délicat qu'une rédaction initiale. Les usages se sont installés. Les quotes-parts n'ont parfois jamais été écrites. Le vote à l'article 26 exige un large accord. Sans cet accord, la voie judiciaire reste possible, mais elle allonge les délais et les frais. Mieux vaut documenter l'état réel de l'immeuble avant de rédiger.

Que doit contenir le règlement de copropriété ?

Le règlement décrit l'immeuble tel qu'il doit fonctionner, pas tel qu'on le souhaite. Il désigne les parties privatives et les parties communes. Il peut prévoir des parties communes spéciales, réservées à certains lots. Il peut aussi prévoir des parties communes à jouissance privative, comme une terrasse ou un jardin dont l'usage exclusif est attribué à un lot, sans en transférer la propriété.

Contenu type du règlement de copropriété
RubriqueCe qu'elle fixe
Parties privatives et communesLa frontière de chaque lot et ce qui reste collectif
Parties communes spécialesDes parties communes réservées à certains lots seulement
Jouissance privativeUn usage exclusif sur une partie commune, sans transfert de propriété
Destination des lotsHabitation, professionnel, mixte, selon ce que l'acte autorise
État descriptif de divisionL'identification des lots ; il peut figurer en annexe
Règles d'usageCe qui est permis ou interdit au privatif et au commun
RestrictionsUniquement si elles sont justifiées par la destination de l'immeuble
AdministrationLe rôle de l'assemblée générale, du syndic et du conseil syndical
ChargesLa répartition, les quotes-parts et la méthode de calcul

La répartition des charges n'est pas un détail

Le règlement doit indiquer les quotes-parts et la méthode de calcul. La loi distingue plusieurs familles. Les charges de conservation, d'entretien et d'administration de l'immeuble se répartissent selon les tantièmes généraux. Les charges d'équipements se répartissent selon l'utilité que ces équipements présentent pour chaque lot. Les services collectifs suivent la même logique d'utilité. Une clause floue sur ce point est une source classique de litige au moment des appels de fonds.

Les restrictions d'usage doivent être justifiées par la destination de l'immeuble. Une clause « habitation bourgeoise » n'est pas décorative : elle peut interdire certaines activités. Elle ne peut pas non plus tout interdire. Ce qui n'est pas justifié par la destination s'expose à contestation. D'où l'intérêt de lire le règlement avant d'acheter, de louer ou d'engager des travaux dans un lot.

Comment obtenir une copie du règlement de copropriété ?

Plusieurs canaux existent. Ils ne se valent pas tous. La copie remise à l'achat, avec l'état descriptif de division, est la voie normale pour un nouvel acquéreur. Ensuite, le syndic professionnel doit mettre le règlement à disposition sur l'espace en ligne sécurisé de la copropriété. Le conseil syndical y a également accès. Ces voies évitent une demande payante.

Obtenir une copie du règlement de copropriété

  1. Vérifier le dossier d'acquisition

    Le notaire remet le règlement et l'état descriptif de division lors de la vente. C'est la copie de référence pour l'acquéreur.

  2. Consulter l'extranet du syndic professionnel

    Le règlement et les actes modificatifs figurent parmi les documents mis à disposition des copropriétaires.

  3. Passer par le conseil syndical

    Les membres du conseil syndical peuvent consulter le document et orienter un copropriétaire qui ne le trouve pas.

  4. Demander une copie écrite au syndic

    La demande peut être facturée selon le contrat de syndic. Vérifiez le barème avant de commander une copie papier.

  5. S'adresser à la publicité foncière

    Le règlement publié y est consultable. Service-Public indique un tarif de 30 € pour cette copie.

Le locataire n'a pas à chasser le document tout seul. Une copie doit lui être remise avec le bail. À défaut, il s'adresse à son bailleur. Le bailleur, lui, reste tenu par le règlement : il ne peut pas autoriser au locataire ce que l'acte interdit. Louer « toutes activités » dans un immeuble à destination d'habitation expose le propriétaire autant que l'occupant.

Comment modifier le règlement de copropriété et à quelle majorité ?

Toute modification passe par l'assemblée générale. Il n'existe pas de voie parallèle, ni par accord de palier, ni par mail, ni par décision du seul syndic. La majorité applicable dépend de l'objet de la clause. Confondre les seuils fait tomber le vote.

Majorités pour modifier le règlement de copropriété
Objet de la modificationMajoritéTexte de référence
Répartition des charges, en principeUnanimitéRègle de principe
Nouvelle répartition liée à des travaux, à l'achat d'une partie privative ou à la vente d'une partie communeLa même majorité que celle du vote des travaux, de l'achat ou de la venteException au principe d'unanimité
Changement d'usage d'une partie privativeMajorité absolue de l'article 25Article 25 de la loi du 10 juillet 1965
Destination de l'immeuble, par exemple la suppression d'une clause d'habitation bourgeoiseUnanimitéRègle de principe
Utilisation des parties communesDouble majorité : majorité des copropriétaires représentant au moins les deux tiers des voixArticle 26
Mise en conformité législative du règlementMajorité simple de l'article 24Article 24

La mise en conformité n'est pas optionnelle pour le syndic

Lorsque la loi impose d'adapter le règlement, le syndic doit inscrire cette mise en conformité à l'ordre du jour. Sa responsabilité peut être engagée s'il ne le fait pas. Le vote a lieu à la majorité simple de l'article 24. L'idée est d'éviter qu'un immeuble reste bloqué sur un texte devenu contraire à la loi, faute d'unanimité.

Les modificatifs sont publiés par notaire. Des frais de notaire et de publicité foncière s'appliquent. Le syndic peut facturer la gestion de la modification, mais seulement si l'assemblée lui a confié cette mission. Des honoraires « au fil de l'eau », sans résolution, n'ont pas de base. Après le vote, il reste donc deux actes distincts : faire rédiger et publier l'acte, et, le cas échéant, rémunérer le syndic pour le suivi.

Que faire en cas de non-respect du règlement, ou s'il n'existe pas ?

Le syndic est le garant du respect du règlement. Face à une nuisance — bricolage hors des plages prévues, occupation irrégulière d'une partie commune, activité contraire à la destination — le premier geste est un courrier de rappel. Le ton factuel suffit : clause concernée, faits constatés, demande de cesser. Si le manquement continue, l'assemblée générale doit autoriser une action judiciaire. Le syndic n'agit pas au contentieux sur sa seule initiative, hors les cas où la loi lui donne un pouvoir propre.

  • Constater les faits par écrit, avec dates et, si possible, photographies.
  • Relire la clause exacte du règlement, pas le souvenir qu'on en a.
  • Adresser un courrier de rappel, via le syndic.
  • Inscrire le sujet à l'ordre du jour si le manquement persiste.
  • Faire voter l'autorisation d'agir en justice, puis diligenter l'action.

L'absence de règlement n'est assortie d'aucune sanction prévue. Les règles légales s'appliquent : loi du 10 juillet 1965, décret du 17 mars 1967, et droit commun. La copropriété n'est pas « hors la loi ». Elle est simplement plus difficile à piloter. Sans désignation écrite des parties, sans quotes-parts claires, chaque désaccord sur un mur, une terrasse ou une charge devient une discussion de principe. D'où l'intérêt, dans ce cas, d'établir un règlement par la voie de l'article 26 ou, à défaut, par le juge.

Comment consulter le règlement dans Mon Palier sans le confondre avec l'acte notarié ?

Mon Palier permet de déposer et de consulter les documents de la copropriété, dont le règlement et ses modificatifs. C'est utile au quotidien : un copropriétaire retrouve le texte, un locataire orienté par son bailleur peut en prendre connaissance, le conseil syndical s'y réfère avant un rappel. Cette copie de travail n'est pas un substitut de l'acte authentique publié au service de la publicité foncière. En cas de doute sur une clause, c'est la version publiée qui fait foi.

Information générale, pas un conseil juridique personnalisé. Les clauses de votre immeuble, les majorités applicables et les frais de copie dépendent de votre règlement, de votre contrat de syndic et des actes publiés : vérifiez votre situation auprès de votre syndic, d'un notaire ou d'un professionnel qualifié.

Questions fréquentes

Le règlement de copropriété est-il obligatoire ?

Oui. C'est un document écrit obligatoire. Il détermine la destination de l'immeuble, son organisation, son fonctionnement, ainsi que les droits et obligations sur les parties privatives et communes.

Le règlement de copropriété s'applique-t-il aux locataires ?

Oui. Il a une valeur contractuelle et s'impose aux copropriétaires comme aux locataires. Chacun peut en exiger le respect. Une copie doit être remise avec le bail ; à défaut, le locataire s'adresse à son bailleur.

Quelle est la différence avec le règlement intérieur ?

Le règlement de copropriété est obligatoire, notarié et publié. Le règlement intérieur n'est pas obligatoire : il précise les conditions d'usage au quotidien, sans se substituer à l'acte authentique.

Qui rédige le règlement de copropriété ?

Il est rédigé à la mise en copropriété, en VEFA par le notaire du promoteur, ou avant une division. Il peut aussi être établi plus tard par un vote à la double majorité de l'article 26, ou par une décision de justice constatant la division.

Que doit contenir le règlement de copropriété ?

La désignation des parties privatives et communes, les parties communes spéciales, les jouissances privatives, la destination des lots, l'état descriptif de division, les règles d'usage, l'administration de l'immeuble et la répartition des charges avec la méthode de calcul.

Faut-il mentionner la location meublée de tourisme ?

Oui pour les règlements établis à compter du 21 novembre 2024 : ils doivent indiquer explicitement l'autorisation ou l'interdiction. Pour un règlement antérieur, l'ajout d'une telle clause suit les règles ordinaires de modification.

Comment obtenir une copie du règlement de copropriété ?

À l'achat, sur l'extranet du syndic professionnel, via le conseil syndical, par demande écrite au syndic, ou auprès du service de la publicité foncière. Le locataire la reçoit avec le bail ou la demande à son bailleur.

Combien coûte une copie auprès de la publicité foncière ?

Service-Public indique un tarif de 30 € pour une copie obtenue auprès du service de la publicité foncière. Le syndic peut, lui, facturer une copie selon son contrat.

Le syndic peut-il facturer une copie du règlement ?

Oui, une demande écrite de copie peut être facturée selon le contrat de syndic. Consultez d'abord l'extranet : le document doit y figurer pour un syndic professionnel, sans frais individuels d'accès.

Comment modifier le règlement de copropriété ?

Uniquement par un vote d'assemblée générale. La majorité dépend de l'objet : unanimité, article 25, article 26 ou article 24 pour une mise en conformité législative. Les modificatifs sont publiés par notaire.

Quelle majorité pour changer la répartition des charges ?

L'unanimité en principe. Exception : une nouvelle répartition liée à des travaux, à l'achat d'une partie privative ou à la vente d'une partie commune se vote à la même majorité que cette opération. Un changement d'usage d'une partie privative se vote à la majorité absolue de l'article 25.

Quelle majorité pour changer la destination de l'immeuble ?

L'unanimité. C'est le cas, par exemple, de la suppression d'une clause d'habitation bourgeoise. L'utilisation des parties communes, elle, se vote à la double majorité de l'article 26.

L'assemblée peut-elle modifier la jouissance d'un lot privatif ?

Non. Elle ne peut imposer à un copropriétaire, à quelque majorité que ce soit, une modification de la destination de ses parties privatives ou des modalités de jouissance privative telles qu'elles résultent du règlement.

Que se passe-t-il s'il n'y a pas de règlement ?

Aucune sanction n'est prévue. Les règles légales s'appliquent. L'assemblée peut établir un règlement à la double majorité de l'article 26, ou un juge peut le constater à l'occasion d'une décision reconnaissant la division.

Que faire si un voisin ne respecte pas le règlement ?

Le syndic adresse un courrier de rappel. Si le manquement continue, l'assemblée générale autorise une action judiciaire. Documentez les faits et visez la clause exacte, plutôt qu'un usage de palier.

Mon Palier remplace-t-il l'acte notarié du règlement ?

Non. Mon Palier permet de consulter une copie de travail déposée dans les documents de la copropriété. L'acte authentique publié au service de la publicité foncière reste la version qui fait foi.